Aula
La fleur du jardin

Il était une fois un jeune homme qui aimait les fleurs, qui aimait passionnément les fleurs, toutes les fleurs. Il avait toujours été comme ça depuis tout petit. Ses amis le trouvaient un peu ridicule, mais il était si gentil qu'ils lui pardonnaient tout. Quand on lui demandait pourquoi il les aimait tant, il répondait simplement que c.'tait dans sa nature, la nature. Mais au fond de lui, il savait exactement de quand datait la naissance de cet amour des fleurs.
Il était à la maternelle et on les avait emmenés au jardin des plantes de la ville. Et là, alors que tous les enfants étaient éparpillés comme des papillons, il s'etait glissé sous un buisson luxuriant d'hortensias, et à travers les feuilles il avait aperçu une fleur. Une fleur isolée, comme protégée par un petit espace, protégée du monde. Il avait senti son parfum, plus fort que toutes autres odeurs pourtant nombereuses, mais il avait surtout été émerveillé par la couleur de cette fleur. Non, plutôt les couleurs. Impossibles à définir. Blanche, transparente, diaphane ? Il ne connaissait pas encore tous ces mots, mais pendant des années après, chaque fois qu'il repensait à cette fleur, il essayât de lui donner un nom. Avec le temps, il n'était même plus sur d'avoir vu une fleur, juste cette couleur magnifique.
Aujourd'hui il était un homme et il cherchait toujours cette fleur, cette couleur. Il était retourné souvent au jardin des plantes mais ne l'avait jamais retrouvée. Il avait questionné les jardiniers mais personne ne savait de quoi il parlait. Même le plus vieux des jardiniers ne sut pas quoi lui répondre. Il devint même quelque temps son assistant, mais rien n'y fit. Il trimbalait sa brouette dans tout le jardin et plantait tout ce qu'on lui donnait à planter...
Desabusé, il se dit que cette fleur devait exister quelque part, ailleurs. Alors il devint botaniste, explorateur et parcourut le monde. Une sorte de petit Prince à l'envers qui cherchait de serre en serre, de petit parc de bonsaï à grand parc de séquoias, d'un bout de la Terre à l'uatre et retour.
Il vieillissait tranquillement, mûrissait, mais il revenait toujours dans sa ville pour y retrouver le jardin des plantes. Les limaces, les coccinelles et les fourmis le connaissaient bien maintenant. Même les hannetons si bougons. Les vers de terre s'en foutaient, car ils étaient aveugles. Mais un jour un petit chat le surprit pendant q'uil était allongé au beau milieu des coquelicots comme dans la chanson. Et ce petit chat lui fit plein de caresses et de ronrons, si bien qu'il se leva et le suivit.
Le petit chat l'emmena en dehors du jardin des plantes, tourna au coin d'une rue qu'il n'avait jamais prise et entra dans un petit terrain vague de pas plus d'un are. Il s'assit au milieu et lui tendit une patte. Comment résister à un chat si mignon ? L'homme entra dans le terrain et fut tout de suite frappé par le silence qui y régnait. Le petit chat le regardait, la patte toujours tendue.
Alors il comprit. C'etait là. C'etait là qu'il créerait son jardin et qu'il y recréerait cette fleur qui n'existait nulle part ailleurs que dans sa mémoire. Il en était capable, maintenant.
Plusieurs mois passèrent. Maintenant le petit terrain vague était un joli jardin fleuri. Il y avait bien sûr une petite maison dans un coin bien caché pour le chat, et plusieurs bosquets de fleurs de toutes les couleurs : des roses roses, des violettes violettes, des bleuets bleuets, des jasmins couleur jasmin, des boutons d'or couleur d'or, mais pas de muguet puisque c'est mortel pour les chats.
Au début, il avait mis une pancarte avec juste "JARDIN" écrit dessus. Ensuite il avait complété en "LE JARDIN". Un jour, alors qu'il venait de croiser deux nouvelles espèces de fleurs, il décida de compléter en "LE JARDIN POUR MA FLEUR".
Le petit chat eut l'air de l'approuver. Il sourit, heureux.
Pourquoi chercher l'impossible quand on a la vie et le bonheur de vivre ?
Mon histoire aurait put s'arreter là. Elle le peut si vous le voulez. Mais pour les autres, elle continue.
Car le petit chat etait allé dans l'immeuble d'à côté. Il avait miaulé devant une porte au dernier étage, et une jeune femme était sortie, et comme prévu lui avait donné à manger. Mais le chat était ressorti et l'avait attendue en haut des marches. Elle le suivit. Évidemment jusqu'au jardin du chat, ou de l'homme, ou des deux ?
Ils ne se reconnurent pas.
Pourtant ils avaient été dans la même classe de maternelle.
Elle portait une robe blanche, presque diaphane, ce jour-là ; aussi.
Il se regardèrent et se sourirent...
(Note Du Gardien : Ce texte a été écrit pendant un atelier d'écriture sur le thème jardins et fleurs avec 16 mots imposés : parfum diaphane séquoia papillon hortensia bouton_d'or luxuriant brouette nature coquelicot naissance serre rose muguet coccinelle ver... limace planter)
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